Après un peu de repos à Labé et surtout une bonne lessive nous avons pris la route pour Pita où nous avons été acceuillis par Houssaynatou Bah et ses deux petites filles en train d'éplucher du néré (voir photos), un drôle de haricot renfermant une substance jaune qui se dissout dans l'eau ou se mange cru (c'est très doux et très bon avec du miel ou du citron). Cette femme charmante est la soeur d'un ancien journaliste guinéen exilé au Sénégal que nous avions rencontré à Khongheul. La région de Pita est bien connue pour les chutes de Kinkon et de Kambadaga. Nous avons donc décidé de partir à leur découverte avec nos vélos et un minimum de bagages après avoir récolté de succintes explication à l'office du tourisme. Les chutes de Kinkon ne nous ont pas posé de problème, en revanche les chutes de Kambadaga, plus sauvages et moins touristiques relèvent de l'épopée! La piste est magnifique et sillone la montagne mais elle bifurque souvent et les explications des habitants ne sont pas toujours très claires. Tout le premier jour on nous a répété que les chutes étaient à une dizaine de kilomètres mais le soir venu nous en avions fait beaucoup plus. Nous avons posé la tente, épuisés, près de quelques maisons et au petit matin les habitants nous ont indiqué le chemin pour arriver aux chutes ... à une dizaine de kilomètres! Nous les avons enfin trouvé mais heureusement qu'un enfant nous a menés aux chutes après une marche dans un dédale de lianes et d'épineux en tout genre. Je peux vous dire que la baignade fut bonne et que vu l'état du chemin, peu de touristes sont arrivés jusque-là!
Vu la piste prise à l'aller, très longue et difficile à vélo, nous n'étions pas très motivés pour refaire le chemin en sens inverse. Les villageois nous ont parlé d'un chemin coupant par une montagne accessible en cette saison car la rivière peut se traverser à pied. L'instituteur et un jeune nous ont accompagnés pour nous aider à porter nos vélos. En chemin nous avons rencontré beaucoup de monde car ce raccourci mène les gens au marché, par contre la pente est raide et caillouteuse. La fin de la piste fut une partie de rigolade en comparaison de la veille, mais nous sommes quand même arrivés à la nuit tombée à Pita.
Le lendemain nos gambettes étaient heureuses de renouer avec le bitume en allant vers Dalaba même si la route restait montagneuse. Les routes guinéennes du Fouta Djalon sont d'ailleurs très étranges, on croit toujours qu'on se trouve au sommet de la montagne mais on continue de monter au virage suivant. Etrangement, elles n'empruntent pas les vallées mais toujours les flans de montagne ... dur, dur pour les mollets! En tout cas la vue reste superbe. La route passant à Dalaba puis à Dounet traverse des forêts luxuriantes qui prennent parfois leur aise et débordent sur la route. Les arbres sont collés les uns aux autres, pris au piège par des lianes énormes et de cette végétation s'échappent les piaillements multiples d'oiseaux invisibles. A Dounet, nous avons été acceuillis par un sous-préfet très sympathique. Plutôt que de planter la tente, il nous a acceuilli chez lui. Il nous a fait découvrir la saveur du miel guinéen, très liquide et corsé avec un goût faisant penser au sirop d'érable ... nous sommes repartis avec sa bouteille d'un litre et demi (ce n'est pas du racket, c'est lui qui nous l'a offert).
A partir de Dounet, la déforestation du Fouta Djalon se fait sentir, des pans de montagnes sont calcinés et les abords des routes sont parfois encore fumants. La population défriche la zone en quête de zones cultivables mais surtout pour la vente de charbon de bois et de bois de chauffage. Partout le long de la route sont alignés des sacs et des fagots de bois. A Dogomet, nous logeons dans un petit hôtel familial où une petite fille d'une douzaine d'années, Aissatou, nous rend le séjour très agréable. Nous avons d'ailleurs l'impression qu'elle s'occupe toute seule de faire tourner l'hôtel. Elle nous emmène dîner, nous donne de l'eau pour la douche et nous propose d'aller au video-club ... mais ce sera sans nous car nous sommes fatigués. Elle m'a demandé un souvenir et donc nous lui avons donné une photo polaroïd prise avec ses frères et soeurs. Ils sont tous partis se changer pour la photo et ont pris une pose très sérieuse.
Le lendemain nous avons quitté le Fouta Djalon pour la Haute Guinée et les montagnes se sont transformées en collines. Nous sommes également passés du pays peul au pays Malincké. Arrivés à Bissikrina, nous avons été surpris par un orage monumental. En quelques minutes, les rues sont devenues boueuses et l'eau a envahi les cours. Nous avons trouvé refuge sous un manguier mais nous nous sommes vite fait canarder par les mangues et les grelons. Heureusement un jeune homme nous a acceuillis dans sa case où nous avons pu mettre nos affaires à l'abri. Ce soir là, nous avons logé dans le campement "sous les manguiers" que nous avons rebaptisé avec Lionel "campement des saoûlards". Un peu à l'écart du village, ce campement est le point de rendez-vous pour prendre une bière mais également du pastis. Certains étaient bien imbibés. L'instituteur qui nous y a emmenés était un habitué ... d'après lui la bière permet d'avoir la tête légère et de mieux rouler sur son vélo ... je me demande comment il a réussi à rentrer chez lui de nuit et à faire les 12 km après ses 4 bières. Un papi était pour sa part bien accro au pastaga, il nous a indiqué que la route était plate en allant vers Kouroussa voir même descendante. Le lendemain je l'ai rencontré au marché tout guilleret par contre je n'ai jamais vu un plat descendant qui montait autant ...
La nuit suivante à Saraya nous avons dormi dans un hôtel financé par un ancien membre du conseil de l'ONU. A partir de Kouroussa, nous avons quitté la route principale pour prendre une piste rejoignant Siguiri par un raccourci en passant par Norassoba. La piste, désertée par les voitures préférant le goudron, traverse de nombreux villages très typiques et très accueillants. Comme dans le Fouta Djalon, notre arrivée dans les villages déchaînent les rires et les cris des enfants qui nous appellent de loin pour nous saluer et s'empressent de délaisser leurs occupations pour courir à notre rencontre ... tout ça juste pour voir 2 toubabs à vélos ... Dès qu'on s'arrête ils deviennent sages comme des images et tout timides. A Norassoba c'était jour de marché, des chapelets d'hommes et de femmes sur plusieurs kilomètres venaient vendre leur denrées. Des mangues toujours des mangues, on se demande comment ils arrivent à les vendre car tout le monde en a et il suffit de s'arrêter sur le bord de la route pour en attraper une à un arbre.
A Siguiri, nous sommes partis à la recherche de Moussa Diawara dit Tatakourou que nous avions rencontré à Labé. Il est l'arbitre professionnel de l'équipe de foot de Siguiri qui est actuellement en D1 du championnat de Guinée. C'est un type vraiment génial. Il a 21 ans et une volonté de fer et habite avec une partie de sa famille à Siguiri. Un de ses cousins, Man, veut absolument s'améliorer en anglais, nous avons parlé anglais tout le temps ensemble et fait des exercices pendant que Lionel et Moussa regardaient un match de foot au video-club voisin. Moussa nous a fait visiter la ville et nous avons pu revoir les joueurs de foot rencontrés à Labé et également découvrir le N'ko, l'écriture inventée permettant de retranscrire à l'écrit l'ensemble des langues mandingues. Le lendemain nous avons rejoint Moussa en vélo à Tatakourou, son village natal qui se trouve sur la route du Mali. Dans ce village tout le monde se connaît car il est constitué de 3 grandes familles. Nous avons visité les mines d'or, principale source de rémunération de la population qui sont exploitées de manière traditionnelle. Nous avons été très bien accueillis car Moussa avait fait diffuser un communiqué à la radio, seul moyen de communication entre les villages et la ville le plus souvent.
Le lendemain nous avons franchi la frontière. J'avais un petit pincement au coeur, peur d'être déçue après avoir vécu tant de choses merveilleuses. Mais pour l'instant tout va bien au Mali, nous sommes arrivés à Bamako après avoir traversé les monts Manding en passant par Naréna puis Sibi. Demain nous partons pour le Burkina Faso ...
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