Arrivés à Boumalne, on commençait à en avoir plus qu'assez des lignes droites. Nous avions atterri dans un petit hotel qui faisait également camping... enfin occasionnellement. Nous avions planté la tente sur l'unique carré d'herbe existant et le lendemain avions pris le petit dejeuner sur la terrasse au soleil... le pied!
Le cuisinier nous a indiqué un chemin passant par la montagne pour rejoindre El Kelaa N'Gouna. La route suit le début des gorges du Dadès puis nous prenons une piste. Là ça commence à monter. Dur, dur dans les cailloux mais la montée vaut le coup. Le paysage est désertique et montagneux. Pour seuls compagnons nous avons quelques ânes et des bergers que nous apercevons de loin. La piste arrive dans la vallée des roses et au départ des gorges du M'Goun, le 2nd sommet le plus haut du Maroc (environ 4000m)après le Toubkal.
Nous arrivons vers 17h00 dans un village mais n'ayant plus que 14 dirhams en poche, il nous faut rejoindre une ville. Le sort en a décidé autrement. La route dont on nous avait parlé est en fait une piste très mauvaise et qui commence par l'ascension d'un col à plus de 2000 mètres d'altitude. Nous décidons quand même de tenter l'ascension de 5 km quitte à dormir sous la tente dans la montagne car il nous reste des vivres. Je vous avoue que ces derniers kilomètres ont été très durs mais la vue sur la Vallée des roses au coucher du soleil était fantastique et je ne regrette rien.
La pente était par moment trop forte pour que je reparte sur mon vélo après avoir posé le pied à terre. Il fallait que je pousse alors mon vélo jusqu'à un endroit moins pentu. A la fin j'ai pris mon mal en patience et j'ai poussé mon vélo jusqu'à ce qu'un pick up me prenne en stop pour les 500 derniers mètres du col.
Au sommet du col, mes sauveurs nous proposent de dormir chez eux dans un village. Le gardien de l'antenne, Mimoun, nous propose également de se joindre à sa famille pour la nuit. Nous décidons de rester avec lui car la vue sur la vallée doit être magnifique au petit matin.
Mimoun, Annouh et leur fils Mohamed habite dans une pièce minuscule dans laquelle nous avons tous dormi côte à côte serrés comme des sardines et recouverts de nombreuses couvertures. C'est la première nuit où j'ai eu chaud au Maroc et pourtant à plus de 2000m d'altitude!
Le lendemain matin, le temps est couvert, nous repartons sur la piste avec Lionel et nous nous trompons de chemin. Les pistes se croisent et s'entrecroise. Notre erreur nous a fait faire un détour mais nous arrivons quand même à El Kelaa N'Gouna. A ce moment là, on peut vous dire que nos vélos ont été testés. Avec tous les chocs encaissés pendant ces 2 jours, aucune faille n'est à constater.
Nous quittons bien vite El Kelaa N'Gouna en prenant un taxi pour Ouarzazate puis à Ouarzazate nous prenons un bus pour Tazenakt. Tazenakt est une drôle de ville, une sorte de carrefour qui a surgi des pierres. Les gens passent mais ne s'y arrêtent pas.
Entre Tazenakt et Foum Zgid, nous établissons notre record de distance, 88km! La route commençe par sillonner un paysage accidenté, des montagnes plus sombres les unes que les autres puis continue sur une succession d'oasis où on nous accueille avec des "salams, Labes?" et de grands gestes. Ici pas de "Bonjour, donne moi un stylo", juste des sourires qui vont jusqu'aux oreilles.
Avec Lionel, nous avons notre théorie sur l'accueil dans les villages maintenant: si les enfants te disent "bonjour, donne-moi un stylo", tu peux être sûr que c'est un endroit touristique (ça vaut aussi pour donne moi un bonbon, un dirham ou un tricot). Dans les autres cas, les enfants te saluent de la main et te demandent si tu vas bien.
Foum Zgid est une ville sans cyber café! Il y a un français dans la ville qui a internet mais il était à Tissint donc pas de chance! Nous avons logé à l'hotel BANI (pas très vendeur comme nom!).
De Foum Zgid à Trit, 78 km, nous renouons avec la route monotone et nous croisons quelques rares oasis. Trit est une oasis, une dizaine de kilomètres après Tissint. Nous y arrivons sous la pluie et plantons la tente près d'une maison. Pour une fois nous parlons mieux arabe qu'eux français! A part Brahim, ses soeurs et sa mère ne connaissent pas un mot de français.
Il a plu une bonne partie de la nuit et de la journée. Nous décidons d'attendre que ça se calme un peu. Brahim vient nous inviter pour le petit-déjeuner et nous profitons d'une accalmie pour aller nous promener dans l'oasis avec Brahim et ses soeurs.
Finalement nous les quittons après le déjeuner, bien décidés à rallier Tata, à 60km avant la nuit. La pluie est toujours au rendez-vous mais à mi-parcours, un pick-up nous prend en stop et nous conduit jusqu'à Tata. C'est ainsi que nous apprenons qu'une espèce d'outarde, un oiseau apprécié des chasseurs, est réintroduite dans la région. Notre chauffeur s'occupe de relâcher les oiseaux dans la nature après un début de croissance en volière.
Ce soir, nous sommes dans un petit hotel où nous tentons de faire sécher nos vêtements et notre tente.
Demain, direction AKKA pour de nouvelles aventures... |